Un congrès comme un autre dans une autre vie…

Route vers Kita

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Le jour J, c’est demain. Aujourd’hui jeudi, on ne pense plus à rien, seulement au départ. On a déjà oublié l’angoisse des préparatifs pour se consacrer au plaisir du voyage et à celui des prochaines rencontres ou retrouvailles entre confrères, entre amis. On pense aussi au repas de travail de ce soir avec les têtes soi-disant pensantes, en bien ou en mal, des organismes de la profession. On décide que l’on ne travaillera que si le repas est bon : Yves, as-tu choisi un bon restau ?.

La voiture est prête, nous aussi, c’est parti. L’après-midi ensoleillé fait oublier la longueur du voyage et les paysages du midi ont chacun leur couleur et leurs senteurs. Les Pyrénées sont dégagées, et les pics se détachent au loin sur le fond bleu de l’horizon, avec encore quelques taches blanches qui nous rappellent, si on l’avait oublié, que l’hiver, c’était hier. Mais c’est un bon présage, il fera beau sur Montpellier et sur le congrès tant attendu.

Le soir tombe à peine à notre arrivée. Les rues de Montpellier sont animées, et nous avons quelques difficultés à trouver le chemin de notre l’hôtel au milieu de ce labyrinthe de sens uniques qui nous mènent, au bout de dix kilomètres, à cent mètres à peine de notre point de repère du départ.

Place de la Comedie

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Arrivée sans encombres à l’hôtel pour un bref passage, histoire de voir le confort de la chambre, poser les bagages et installer douillettement la voiture au parking, elle a bien mérité son repos. Et nous voilà partis en randonnée pédestre pour un petit tour dans les rues piétonnes de la ville. Place de la Comédie, les spectacles spontanés et gratuits vont bon
train. On s’y attarderait bien mais l’appel du travail est le plus fort. Nous sommes attendus pour discuter du plat du jour : la grande unification des organisations professionnelles de la recherche privée. C’est le débat à la mode, ces temps-ci, on fait très tendance.

C’est pas gagné…

Durant le repas, on ne dit pas grand chose, on savoure le foie gras et le petit vin blanc, on écoute, on laisse parler, on a l’habitude. Le foie gras vaut le coup, il est presque aussi bon que celui du Sud-Ouest, on se demanderait presque si le chef ne vient pas de là-bas..

Tuna Foie Gras

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Finalement, les discussions s’engagent à fond quand arrivent les plateaux de fromage. Les bienfaits du vin, sans doute… Tout se passe dans la plus pure tradition des anciens : on campe sur ses positions tout en accusant l’autre de faire obstruction au débat en gardant ses œillères. On donne une carotte à l’âne qui recule, mais sans vraiment savoir si c’est bon pour le reste du troupeau qui a bien envie d’avancer et de bousculer l’ordre de marche. Bref, on n’avancera pas plus aujourd’hui qu’hier…

Pas grave, on reste amis quand même, et le côté droit de la table tombe d’accord sur un point : le repas vaut le coup et incite à la tolérance. Demain sera un autre jour.

Demain, vendredi, on y est déjà. Frais et dispos, les congressistes arrivent et se pressent l’un après l’autre dans le solennel Corum. On fait la queue pour venir réclamer son badge auprès de Christine qui s’est transformée en hôtesse pour la circonstance. En attendant les diverses réunions prévues pour chaque organisme, chacun arpente le hall qui fait un peu salle des pas perdus tant il est immense. Mais tout le monde sait bien qu’un détective ne peut se perdre, et des groupes se forment déjà. Accolades et poignées de main vont bon train, on cherche l’un ou l’autre du coin de l’œil, bref, on est heureux de se retrouver ensemble et si nombreux.

La matinée se passe ainsi, entre les réunions des divers organismes qui n’ont pas encore tenu leur assemblée générale, les allées et venues des confrères qui n’appartiennent à aucune formation, et l’ambiance sympa et bon enfant qui règne dans les stands, celui du CNSP en particulier. Quelques journalistes traînent par-ci, par là, furetant, écoutant, cherchant la bonne info ou Roger-Marc, qui n’est jamais très loin des caméras…

vendanges, domaine La destinée (ORANGE,FR84)

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Tout le monde attend le début des choses sérieuses. C’est pour cet après-midi, mais avant, il faut bien se sustenter un peu, et il est déjà l’heure de rejoindre l’étage du restaurant, là où des tables aux nappes immaculées et à l’agencement impeccable attendent les convives affamés. On s’installe au gré de ses amitiés ou de ses rencontres du matin, les serveurs tentent bien de combler les rares places vides, mais après tout, on est là pour passer un bon moment et on se place où l’on veut, entre affinités réunies.

Durant le repas, la salle résonne du bruit des couverts, du bourdon des voix. Ici, l’on parle de la loi, là, des confrères que l’on aurait bien aimé retrouver mais qui n’ont pas pu venir. On évoque ses débuts dans le métier, les missions exécutées, réussies ou manquées ; parfois, on écrase les petits jeunes de son expérience du métier ; Ailleurs, on écoute religieusement ou avec des sourires discrets qui en disent long, les péroraisons de tel ou tel qui prétend tout connaître de l’organisation de la profession. Un repas somme toute classique qui ne fait pas mentir le classique adage « il faut de tout pour faire un monde ». Le monde des détectives ne déroge pas à la règle.

La récréation est finie, il est temps de penser au travail. Seuls ou par petits groupes, les participants rejoignent la salle de conférence. Des chaises avec tablette pour les participants, un bureau pour les intervenants, un pupitre pour l’orateur. C’est Yves qui officie.

CIOnet Annual Top Event

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Les professionnels du droit qui interviennent, un huissier de justice, un avocat, un représentant des professions libérales, nous expliquent en détail notre nouvelle loi, au cas où nous ne l’aurions pas bien comprise. Débats intéressants qui confirment les commentaires déjà apportés par nos soins, et qui apaisent les esprits de quelques uns qui, ayant lu les textes en diagonale, ont sauté sur quelques articles pour tenter d’apporter la discorde parmi la profession sous couvert d’une unification des organismes en vue de contrer une loi déjà votée et approuvée par la grande majorité.

Mais on ne refait pas le monde des détectives, et certains, déjà lassés par les débats qui s’amorcent, vont et viennent, de la salle au couloir, se regroupent autour des cendriers du hall, parlent entre eux de cette loi que l’on attendait depuis si longtemps, puis repartent dans la salle écouter les interventions ou les questions pertinentes des congressistes.

18 heures : le rush… ceux qui ont tenu le coup se précipitent dans le hall et tirent avidement sur la cigarette. On commente la journée, on se congratule et on se cherche pour prévoir le dîner. Ce dîner que l’on fait en groupe, bien entendu, dans divers restaurants du centre ville. Nous, ceux pas très nombreux du CNSP-ARP (les membres n’aiment pas se disperser), nous allons à celui du Théâtre, c’est là que va se préparer la journée de demain et l’après congrès. C’est là aussi que nous retrouvons nos confrères et amis Espagnols qui se sont déplacés pour la circonstance. Ils sont heureux et surpris : en arrivant en ville, ils ont vu flotter les drapeaux de leur pays. On les attendait ! Hélas non, c’était seulement pour fêter la rencontre de hand-ball Montpellier contre Pampelune. Dommage…

Antigone

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Soirée animée, sortie tardive, flânerie prolongée au milieu des animations des rues, un petit verre avec nos amis Espagnols histoire de parler sérieusement et d’une manière constructive de la profession en Europe, puis retour à l’hôtel pour un repos bien mérité.

Samedi matin. La journée de travail reprend. Certains sont en retard, une panne de réveil, sans doute à cause de la nuit dernière. Le deuxième jour est toujours difficile. L’euphorie de la veille s’estompe, on a compris la loi et on aimerait bien discuter d’autres choses, on a plein de questions en attente, va-t-on pouvoir les poser ?

Pas certain… Le débat qui débute n’en est pas vraiment un, on revient sur les explications de la veille, on refait ce qui a déjà été dit, on remet en cause les interventions des juristes d’hier. C’est toutefois une occasion de parler enfin un peu des actions entreprises pour l’avenir. Oui mais quelles sont-elles ? on les cherche, on les prévoit et on ne tient pas compte de celles qui sont faites par le camp d’à côté, le notre. Mais on a l’habitude là encore, et après tout, on est là que pour voir ce qui se fait chez le voisin. Ce qui nous permet de rentrer au bercail satisfaits : on ne joue pas dans la même cour !

Forum Netexplorateur 2009 au Sénat

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Mais on se lasse de ces débats longs et stériles, et les envies de cigarettes se font plus pressantes. C’est dans le couloir et dans le hall qu’il est de bon ton de se retrouver pour les commentaires, les critiques et pour se demander ce que l’on fait ici. On n’est pas venu pour écouter pérorer un « vieux de la vieille » qui n’est plus dans la course mais n’en a pas conscience et s’accroche farouchement aux rênes. On est venu pour s’informer sur les dernières techniques, les derniers textes, les dernières actions.

Là, à l’air libre enfin, on se sent enfin débarrassé des articles de loi que l’on a vu défiler bêtement toute la matinée sur l’écran avec ces lignes rouges d’interminables restrictions inutiles que d’aucuns voudraient adresser au gouvernement ! Certains ne se referont jamais.

Heureusement, la trêve déjeuner calme les esprits. On respire un peu, on se sent mal tellement on a faim, on boirait bien un petit coup bien frais aussi, histoire de noyer les mauvaises impressions et les longueurs monotones des conférences.

On se cherche à nouveau, on se regroupe, on tente de reprendre les mêmes tables et les mêmes places que la veille, on commente les plats, les interventions du matin, on critique les absents qui ont toujours tort, et un peu les présents, surtout l’intervenant qui ferait mieux, de l’avis général, de prendre sa retraite, bref, on se répète dans une certaine euphorie qui disparaîtra rapidement après le retour dans les foyers et dans le quotidien fastidieux ou exaltant du détective.

Going away

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Et quand vient l’heure du départ, le soir, après une après-midi tout aussi fastidieuse que la matinée, c’est avec force
accolades et promesses de « garder le contact » que l’on se quitte, rejoignant qui sa voiture, qui son train, qui son avion.

Chaque fois, on se lance de grands « à l’année prochaine !» sans trop y croire, pensant plutôt « qu’on ne m’y reprendra plus à perdre mon temps et mon argent pour entendre les mêmes choses », mais chaque année, quand arrive le bulletin d’inscription, on attend avec impatience la date de ce « fameux congrès » qui nous fera retrouver les potes et les bons plats…

Des hommes comme les autres, pour un congrès comme un autre dans une profession pas comme les autres.

© 2004 – M.F.Hollinger

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